Qui vous a dit que l’éducation populaire n’existait plus?

Qui vous a dit que l’éducation populaire n’existait plus?

Quoi répondre ? Un parcours de vie en immersion comme réponse.

 

En 2009, le 2 Mai, j’ai vécu le rassemblement national de la JOC, mouvement d’éducation populaire. Vivre ce moment avec 150 jeunes venant de la Sarthe est un souvenir riche en émotions en tant que présidente locale. Cet événement a marqué l’esprit de 15000 jeunes venant de toute la France de la Courneuve à Paris.  Quand la France métissée se retrouve pour agir ensemble, elle montre un visage uni dans la diversité et ce jour là, c’était une réalité.

Débattre, faire des propositions fortes, rendre les jeunes acteurs de leur vie par des actions simples, c’est dans l’ADN de ce mouvement mais aussi dans les autres structures d’éducation populaire.  Ce mouvement, qui reste plutôt discret, porte la parole de la France qui ne passe pas au journal de 20h. Douche froide: le lendemain du rassemblement de la JOC, quand je cherche des articles dans les journaux nationaux, presque ou pas de visibilité de cet évènement.

Depuis  1927, l’intuition du  prêtre fondateur était de  permettre à des jeunes travailleurs de se retrouver ensemble pour échanger sur leurs difficultés communes et de passer à l’action pour les améliorer (emploi, formation…). Histoire de la JOC

On ne peut pas renier  les origines chrétiennes de ce mouvement. On laisse la liberté aux jeunes de croire, ou de ne pas croire. Vivre ensemble avec cette richesse est inestimable.

En JOC,  on ne candidate pas à être président local. On nous appelle à la responsabilité ce qui est un moment  fort dans notre vie de jociste. C’est un temps de réflexion pour poser le pour et le contre avant de dire oui ou non. Cette liberté de choix m’a donné une confiance à la fois en moi-même et en les autres.  Avant d’appeler quelqu’un en  responsabilité, il y a une concertation entre ceux qui nous précèdent.

La notion de l’argent ne fait pas peur contrairement à ce que j’entends de l’éducation populaire. On amène les jeunes à mieux réfléchir sur leur budget personnel. Quand ils ont des projets, c’est par eux-mêmes qu’ils construisent des actions d’autofinancement, comme des repas à thème ou autres. Le hasard a fait que j’ai croisé une ado devenue jeune femme entrepreneuse. Elle a à présent sa propre boutique au Mans et elle réussit à vivre de son activité.  

Ce que je retiens de ces 4 années, c’est la force des actions collectives que j’ai vécue avec la puissance de la diversité humaine qui dépasse tous les clivages et toutes les cases.

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Depuis, j’ai pris le chemin du salariat dans la restauration. La richesse de ce métier, c’est de pouvoir s’adapter à tous types de situation. On apprend beaucoup sur l’humain et sur soi-même aussi. Partir en Suisse dans un paradis fiscal alors qu’on a été présidente d’un mouvement d’éducation populaire, c’est pas banal. J’ai découvert le plaisir d’être seule en pleine nature. J’ai tissé des liens en tricotant avec des femmes extraordinaires, partagé ma passion pour le chocolat suisse, entre autres. Je n’oublie pas Sandrine avec les raquettes, l’atelier nems et Yvonne pour les conseils en image et notre virée pour nos papilles chez Anne Sophie Pic avec Emilie.  Mes patrons, Angélique et Patrick FOURNIER, m’ont transmis encore plus le goût des bons produits achetés localement. Je vous assure, on est pas de la même famille !! Proposer les plats de  l’auberge les bisses   pendant 4 années à des clients gourmets fut un plaisir quotidien car malgré le rythme de travail soutenu, on a eu des grands moments de fous rires.

 

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En Suisse, j’ai observé cette démocratie participative directe où le citoyen a son mot à dire sur tous les thèmes et non pas tous les 5 ans comme en France. Puis, je suis partie car une loi contre l’immigration massive des étrangers voté par le peuple m’a fait prendre conscience que je n’étais plus à ma place. Je voulais rejoindre l’Angleterre pour me sentir libre et apprendre l’anglais parce que j’ai peur, comme beaucoup de personnes,  de m’exprimer dans cette langue étrangère.

Un reportage peut te faire changer de vie.

En 2014,  quand je suis rentrer de Suisse, les galères administratives ont mis du temps à se tasser. Faire comprendre à son conseiller pôle emploi que  je souhaitais changer de  vie même si mon métier embauche, ce n’est jamais simple. Puis, je regarde un documentaire sur l’économie collaborative qui montre les mutations de la société dans un monde globalisé.  J’apprends que La France est reconnu sur sa créativité et sur son inventivité. Finalement, quand on s’engage pour faire bouger les lignes, on souffre des même maux, que cela soit dans l’éducation populaire ou dans la transition. La visibilité nationale au 20h n’est pas au rendez-vous.

Finalement, à partir de 2014, je décide de rester en France pour expérimenter la transition avec ma joie de vivre et ma cuisine en dehors de la restauration traditionnelle.  Grâce à l’agilité et la fluidité des réseaux sociaux,  je parle rapidement avec les acteurs   de l’anti-gaspillage alimentaire, de l’innovation sociale, de l’open source et des Rastas du Coeur.  Je découvre des visages déterminés à faire bouger les lignes sur tous les sujets du quotidien (éducation, alimentation, démocratie, transport…). Je parle un peu chinois mais soyez curieux !! Faites donc une recherche sur Wikipédia pour découvrir ce qui se cache derrière ces mots.

 

Jociste un jour, jociste toujours.

Je prends le temps de me poser une question simple : qu’est ce qui se passe dans les quartiers populaires par rapport au numérique? Je pianote sur mon clavier d’ordinateur dans un moteur de recherche sur internet  : « Tiers Lieux quartiers populaire ».  Avec le lien suivant, vous découvrez ce qui se cache derrière Tiers Lieux. 

En 3 clics, je me retrouve à Abobo, à Abidjan, en Côte d’Ivoire.  Quatre informaticiens dont une femme considèrent les quartiers populaires comme les territoires d’innovation du monde de demain.  Ils transforment  les claviers usagés en bijoux, les disques durs externes cassés en horloge et ils créent des unités centrales  à base de déchets numériques appelé : le Jerry.  Pour découvrir :  Babylab

Ces trois innovations se sont retrouvées à la Cop22 au Maroc, la grand messe annuelle de l’environnement.  A la base une intuition partagée par   3 personnes: un Marocain, un Ivoirien et une Française, moi ! Nous nous sommes  dit : « pourquoi pas un stand dans la zone Verte?  » et cela, moins de 4 mois avant l’évènement. La réussite de ce stand est une chaîne de citoyens et d’entreprises engagés sur la valorisation des déchets que l’on nomme « économie circulaire ».  

Je prends conscience que l’économie circulaire peut rimer avec l’éducation populaire.

Aujourd’hui, la complémentarité et la diversité  des gens qui veulent bouger les lignes sont indispensables. Elles passent par des connexions humaines, par des rencontres réelles ou virtuelles et par de l’intergénérationnel. En l’observant, on comprend mieux comment le monde de demain peut se construire aujourd’hui.  Pour moi, le fait de rester sur ses positions est ce qui bloque la capacité à aller vers la différence de l’autre.

La diffusion du film « Demain » au sein du Rassemblement National de la JOC  montre aussi  la capacité de remise en question de certains mouvements d’éducation populaire  face aux mutations de la société qui dépassent les frontières.  

Nous sommes tous des citoyens du monde qui vivons dans un espace que nous empruntons le temps d’une vie.

 

                                    Line FOURNIER

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Une réaction au sujet de « Qui vous a dit que l’éducation populaire n’existait plus? »

  1. Brave-Eau ma chère Line…la Voix de l’expression s’aligne… Continue ainsi avec la voix du coeur qui est celle où plus rien ne nous sépare. Pensées divines sur tout ce que tu représentes. Magali

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